Penser l’archéologie comme déconstruction du dogme dans les littératures de l’imaginaire
Résumé :
Emmanuelle Lescouët est éditrice et chargée de cours au Québec, spécialisée dans les cultures de l’imaginaire, médiatiques et numériques.
Biographie :
Dans cet article, Emmanuelle Lescouët explore le rôle de l’archéologie comme outil de déconstruction du dogme dans les littératures de l’imaginaire, à partir d’une analyse approfondie du roman Les Chroniques du Pays des Mères d’Élisabeth Vonarburg. À travers le parcours de la protagoniste Lisbeï, chercheuse et récupératrice de savoirs enfouis, le texte met en lumière la manière dont la fiction peut interroger les fondements idéologiques d’une société en s’appuyant sur des découvertes archéologiques qui bouleversent les récits historiques établis. L’étude souligne la capacité de la science-fiction à penser la mémoire, les archives et le temps long, tout en ouvrant des espaces critiques de relecture politique, sociale et épistémologique du passé et de ses transmissions.

Si toutes les sociétés humaines se construisent par rapport à leur histoire, aux événements marquants ou traumatiques qui ont émaillé leur parcours1, cette construction s’appuie avant tout sur des faits historiques qui, dans le monde réel comme dans les textes de fiction, s’appréhendent en fonction de preuves, de textes et de croyances humaines2. Ainsi, la constitution d’archives et de bases de connaissances permet une compréhension et une interprétation du passé et est primordiale pour cette documentation. Ces héritages transmis à travers le temps posent également la question de la poursuite des recherches : lorsqu’une découverte vient bouleverser, déplacer les certitudes acquises, il peut être délicat de les rendre publiques ou d’en faire la promotion sans avoir au préalable mis en place, à tout le moins, un appareil critique étayé visant à un minimum d’impartialité3. Cette étude, par l’analyse d’un corpus ciblé, traitera donc de la manière dont les univers de fiction représentent ces métamorphoses.
Dans les littératures de l’imaginaire, la constitution d’archives vient enrichir la xéno- encyclopédie4, permettant une superposition sémantique de l’encyclopédie du lecteur5 et de l’encyclopédie diégétique des protagonistes. Le corpus mobilisable pour étudier une telle question est vaste : du cycle de Foundation6 d’Asimov et sa croyance inconditionnelle en la psychohistoire, à la Passe-miroir7 de Christelle Dabos et ses enjeux de pouvoir archivistiques, ou encore la transparence du Problème à trois corps8, les représentations académiques ne manquent pas9, et leur diversité permet d’apercevoir la complexité des systèmes académiques réels, autrement dit de notre monde, et la fascination qu’ils exercent sur les écrivain·e·s de l’imaginaire.
Nous nous concentrerons sur les Chroniques du Pays des Mères d’Élisabeth Vonarburg, notamment pour son réalisme du traitement et du suivi de l’impact d’une découverte scientifique majeure sur la société. Ce roman est paru d’abord chez Québec Amérique, en 1992, et en France chez Mnémos, en 2019. Il fait suite au Silence de la cité10, paru quelques années plus tôt et relatant des faits ayant lieu quatre cents ans avant ceux décrits dans les Chroniques. Élisabeth Vonarburg est une autrice québécoise, bien qu’elle soit née en France. Elle écrit des textes de science-fiction et de fantasy, et s’intéresse fortement aux questions sociales, notamment féministes, ainsi qu’aux questions liées au corps et à leur inscription dans la société. Elle anime fréquemment des ateliers et des formations d’écriture.
Dans ce roman, nous sommes confronté·e·s à un système matriarcal et féodal. Toute l’histoire suit Lisbeï, de sa toute petite enfance (« Elle a cinq années11 ») à l’âge adulte. Le texte est fortement polytextuel : il comporte au cœur de la narration des lettres, des articles, des citations d’archives et des documents officiels issus de l’univers diégétique. Si ce roman est intrinsèquement une spéculation philosophique féministe12, ce n’est pas uniquement cela qui va nous retenir ici, pas plus que l’évolution linguistique présentée13. Un mot cependant : la langue, le « frangleï » ou le « litale » selon les régions concernées, a entièrement été transposée au neutre féminin. On parlera ainsi de papillonne ou d’humaine au sens large pour désigner les espèces. Cette féminisation de la langue va avec son lot de débats quand les hommes, qui sont exclusivement désignés comme « Mâles », souhaitent masculiniser des noms de métiers, par exemple. La conservation de certains mots masculins ou même de la possibilité d’accorder au masculin certaines tournures est vue comme un héritage du passé par Lisbeï :
Et comme Lisbeï participait à la conversation – en contrôlant encore mal son frangleï parlé, à l’époque – quelqu’une remarqua son usage des terminaisons féminines là où, pour les hommes, les autres utilisaient des terminaisons masculines : historien, patrouilleur, chercheur, enfant, bébé, médecin… Elle répliqua que le frangleï contenait plus d’archaïsmes que les autres langues du Pays des Mères.14
Dans le texte de Vonarburg, le monde tout autant que son histoire sont proprement démystifiés par la ruine. Il ne reste quasiment plus rien de ce qui serait fascinant : les bâtiments sont devenus de simples décors incompris, et les écrans ou quelques appareils électroniques retrouvés ne sont que des curiosités inutiles ; au mieux, ils sont considérés comme excentriques. Le roman évoque également les conséquences de la pollution des sols, de certaines rivières et même des mutations qui ont suivi le Déclin, période qui correspond à la fin de notre ère contemporaine ; mais c’est bien cette incompréhension des éléments antérieurs qui est importante pour les fouilles, et c’est l’angle qui sera retenu ici.
C’est par les explorations archéologiques et les découvertes faites par la principale protagoniste que se pose la question de la place des faits, de leur analyse et du discours tenu face à l’autre dans la déconstruction du dogme, et de la manière dont une parole peut évoluer, ou être travestie, par l’énonciation ou le détournement de ces mêmes faits.
À cet effet, nous verrons dans un premier temps comment le système politique du Pays des Mères s’est construit et de quelle manière il est présenté au lectorat dans la continuité de l’histoire diégétique. Ensuite, nous aborderons le fonctionnement du système de production et de circulation du savoir, ce qui nous permettra de nous confronter autant à ses limites qu’à des tendances critiques du système contemporain ; enfin, nous nous attarderons sur les conséquences concrètes, au-delà des sociétés savantes, des découvertes de Lisbeï.
1. Un système social et politique basé sur une histoire
Le Pays des Mères repose sur une organisation en Familles correspondant à nos villes, où les humaines se rassemblent et partagent l’organisation du travail et du quotidien. Chacune est dirigée par une Mère ou Capte, qui incarne symboliquement la mère de tous·tes, et exerce un rôle décisionnaire important. Elle est épaulée par une Médecine, cheffe scientifique, notamment pour toutes les questions de biologie, et d’une Mémoire qui, elle, est une cheffe spirituelle généralement investie d’un pouvoir religieux vis-à-vis de la parole de la prophétesse de ce monde, Elli. Son rôle dépasse toutefois celui de simple enseignante, comme le dira Mooreï, la Mémoire de Béthély :
« La véritable tâche d’une Mémoire, c’est de ramener le passé au jour, pas de l’embaumer dans des copies interminables, des listes et des inventaires15 ». Elle est aussi en charge des archives et de la gestion économique de la communauté, étant la dépositaire du savoir historique et plus largement de tout ce qui touche aux humanités : langue, histoire, géopolitique, archive et littérature.
La perception de ce monde par ses habitant·e·s passe donc par le propos de leurs Mémoires. La xéno-encyclopédie4 établie repose majoritairement sur une histoire « commun[e] à la SF et à la fantasy, des ensembles romanesques qui font de cette constitution un enjeu, avec développements de toponymie, lexiques, chronologies, bibliographies16 ». Ceux-ci contribuent à la crédibilité de l’univers et sont, dans l’œuvre à l’étude, élaborés, ou à tout le moins, transmis par les Mémoires, donnant à la discipline historique un rôle de premier plan dans la narration.
1.1. Un système basé sur un déroulé historique
Dans ce roman qui se déroule dans un futur éloigné de notre époque, nous comprenons à la lecture que notre climat a dégénéré17 et a poussé chacun·e à vivre sous terre afin d’échapper à la contamination des sols et de l’air. Cette pollution a engendré des mutations qui ont fait évoluer les habitant·e·s restés en surface, les éloignant de l’idéal physique atteint précédemment, lorsque la science avait autant permis d’éradiquer la maladie que de rallonger démesurément l’espérance de vie. Ces populations ont fini par perdre le savoir technologique, revenant à une existence de chasseur-cueilleur et à une agriculture minimale. Ainsi, les tours de Béthély, qui sont identifiées comme des immeubles datant d’avant le Déclin, sont très certainement des gratte-ciels de notre temps. Ces bâtiments sont entretenus, mais peu modifiés en l’absence du savoir-faire nécessaire pour les reproduire.
Un des effets de ces mutations a été de diminuer la proportion d’individus mâles dans la société, ce qui a conduit à la constitution de Harems dans lesquels un homme dirigeait des centaines de femmes-esclaves, ce qui a fini par provoquer une révolution menée par Garde, messie d’Elli. Dans Le Silence de la cité, nous assistons à ces événements ainsi qu’au rôle important et presque involontaire d’Eliza – devenant Elli par glissement linguistique – dans la révolte des femmes où Judith, une de ses compagnes, mène une insurrection armée en attaquant directement l’un des Harems et tuant son chef. Cette attaque permet notamment de gagner Béthély, où se déroule ensuite le récit des Chroniques du Pays des Mères, et charge ainsi le lieu d’une valeur historique : en effet, Béthély est la première ville gagnée contre les hommes, mais également le lieu de la conception et de la mise en place du système du Pays des Mères.
La Capte de Béthély, mère biologique de l’héroïne Lisbeï, est la descendante de ces femmes. À travers tout le roman, les filiations et arbres généalogiques des personnages sont présentés et ont leur importance ; leurs lignées déterminent avec qui iels seront compatibles pour produire de jeunes humain·e·s, la reproduction étant devenue un lourd enjeu vu le peu de mâles dans la population globale. Les Familles nouent des alliances en échangeant des mâles et des pupilles, rapprochant ainsi les communautés et permettant le brassage génétique. Les échanges de marchandises, les fêtes religieuses et civiles cimentent une société féodale, mais profondément interreliée.
Tout le système est validé par des traditions ancrées et peu questionnées, ce qu’Irène Langlet décrit comme « l’idéologie petite-bourgeoise [qui] adopte l’apparente évidence du naturel, de “ce-qui- va-de-soi”, qui a “toujours-déjà eu cours” » dans son article « Les Mythologies au miroir du temps futur »18. Ce sont exactement ces mythologies que viennent bousculer les découvertes et les recherches exposées dans les Chroniques du Pays des Mères. Ainsi, si au début du roman, la parole divine est une réponse suffisante et évidente pour Lisbeï enfant, elle est rapidement confrontée à ses limites et aux débats interprétatifs qui les accompagnent. Alors qu’elle poursuit ses études19 et ouvre sa perception de la réalité à d’autres champs de connaissances, sa confrontation avec des Mémoires et des Juddites, plus conservatrices, marque son évolution par la distance qui se crée avec cette caste très croyante et particulièrement traditionaliste.
Cette construction narrative permet une lecture conjecturale, au sens défini par Marc Angenot, dans laquelle tous ces éléments viennent nourrir l’univers dans sa cohérence et dans son immensité :
Le récit qui est offert appelle lui-même une lecture conjecturale : le lecteur n’applique pas au récit des paradigmes préexistants dans son monde empirique et cognitif, il présuppose une intelligibilité paradigmatique qui est à la fois nécessaire et illusoire. L’activité du lecteur se déplace nécessairement de la succession syntagmatique des mots dans les phrases à un ailleurs du discours : les paradigmes sémantiques (et dès lors, les modèles théorico-pratiques) qui sont censés conférer au texte son intelligibilité.20
L’absence de continuité historique clairement établie du Pays des Mères rend nécessaires les fouilles et les explorations racontées au sein du roman. En effet, au début du récit, les connaissances « historiques » ne sont transmises que par des mythes, des contes, et autres textes plus proches de la fiction que de la chronique historique.
1.2. Un système basé sur des légendes
La construction d’un univers repose en grande partie sur sa définition et son exposition au·à la lecteur·rice. La compréhension de l’univers est importante pour l’immersion dans le texte : la xéno-encyclopédie introduite par Richard Saint-Gelais est, pour Irène Langlet, primordiale en science-fiction21. Or, cet univers fictionnel est bâti sur une histoire interne pour être crédible22 ; sur tout un système de croyances et d’exposition du passé et des règles de ce monde. La structure de l’univers est soutenue par des règles claires, comme un terrain de jeu ludique, dont l’existence est un atout non négligeable pour sa compréhension23. Il devient alors plus simple de savoir si les personnages « jouent » ou se comportent selon les règles exposées et ce qui va leur arriver. Pour que ce savoir soit exposé, il doit avoir une épaisseur diégétique : les personnages doivent le connaitre en amont et donc l’avoir découvert en premier lieu.
Dans le Pays des Mères, tout repose sur l’autorité de Garde et de la parole d’Elli qu’elle a transmise à ses disciples ; posant ainsi la figure christique qui guide cette société. Elle est connue via un témoignage consigné lors de son procès et de sa mise à mort par les Harems, témoignage donné par l’une de ses plus proches collaboratrices dans son journal. Comme l’exprime Jameson, la place de la religion et des croyances est particulièrement importante dans la construction d’un univers second :
La religion est dans la SF une sorte d’espace de médiation : c’est la boîte noire où, mystérieusement, l’infrastructure et la superstructure se mélangent et célèbrent une identité énigmatique – elle ne fait qu’un avec le mode de production et la culture (concepts dont elle constitue la préfiguration ambigüe).24
C’est en tout cas par le prisme de faits historiques anciens devenus mythiques et canoniques que le Pays des Mères, son existence autant que son fonctionnement, est expliqué aux mosta et aux dotta25 et par là, au·à la lecteur·rice :
Le Pays des Mères tout entier est tel que l’a modelé l’héritage de Garde. Non seulement la Parole, oui, même toi, Antoné, et même les plus Progressistes des progressistes. Elles font partie de nous et déterminent nos actes tout autant que le taux de croissance de la population ou le pourcentage de terres cultivables.26
Un des points les plus importants de ce système social est la mise en marge des hommes depuis leur plus jeune âge. Les garçons sont considérés comme fragiles et sont donc écartés des tâches agricoles ou des gros travaux. Ils sont élevés dans des fermes en dehors des villes, écartés des postes de pouvoir et échangés comme géniteurs entre les Familles. Certains commencent une protestation qui va grandissante au fil du roman. Cette mise en marge est une punition pour la mise à mort de Garde et de ses compagnes, mais aussi pour leur domination au temps des Harems. Ils ont, par exemple, interdiction de travailler les métaux, de peur qu’ils en fassent des armes, de même qu’ils sont écartés de certains sports comme le tir à l’arc ou la lutte.
Qu’il s’agisse donc de la mise au banc des mâles dans un rôle subordonné ou du bon respect de la parole d’Elli, le système politique du Pays des Mères repose dans sa quasi-entièreté sur les connaissances « historiques » de ce monde qui, même si elles sont proches du légendaire, sont transmises à tous·tes par les Mémoires. Or, la société a développé un système de savoirs qui permet au moment diégétique du récit d’explorer certains faits, et ainsi, de confirmer (ou d’infirmer) les connaissances diffusées à leur sujet. C’est d’ailleurs ce que va faire Lisbeï qui, par ses découvertes, initie un retour critique sur le système en place ; notamment à travers des débats publics autour des objets trouvés lors de ses fouilles. C’est cette mécanique de déconstruction des acquis historiques puis de reconstruction à partir de faits nouveaux qui apporte au sein de ce récit une adaptation de la pensée aux savoirs nouvellement acquis par la société.
2. Gestion du savoir27
2.1. Travail d’un groupe organisé
Le savoir est le rôle des Mémoires. Dans chaque capterie, une ou plusieurs de ces femmes ont la charge de rédiger les archives des temps présents et d’enseigner le passé et la géographie aux plus jeunes. Une de ces villes est un pôle universitaire majeur où toutes les informations gravitent : Wardenberg. La cité est une Schole, le nom des écoles au Pays des Mères. Ces établissements possèdent un très haut niveau académique, l’équivalent de nos universités ; ils organisent la conservation et la recherche. Il est possible de s’y former à divers métiers, notamment à celui d’exploratrices, qui sont en charge des Mauterres, ces zones encore contaminées qu’il convient de surveiller et d’explorer. Il est également possible de devenir une récupératrice, dont la tâche principale est d’essayer de trouver des traces des civilisations passées et d’en tirer un sens. Le savoir ainsi produit est ensuite mis en circulation par le réseau des Mémoires lors des diverses assemblées des Mères.
Maintenant, c’est le temps des faits, et ici, c’est le lieu de la recherche. Y a-t-il des questions sur les faits présentés et les méthodes de recherches ?
– Les chercheuses font-elles partie des faits ou des méthodes ? […]
– Des deux, dit la vieille Bleue.28
Leur travail est d’autant plus complexe que les Ruches, organisations autoritaires et matriarcales chronologiquement situées entre les Harems et l’actuel Pays des Mères, ont fait disparaitre nombre d’archives et de bâtiments, souhaitant, par l’effacement, empêcher la reproduction des sévices subis. L’enjeu mémoriel est donc déplacé : puisque les communautés religieuses de l’époque ont fait disparaitre archives, documents, bâtiments et outils, ce n’est que par des fouilles et la reconstitution des fragments sauvegardés qu’il devient possible de combler les lacunes historiques. Ces manquements permettent de croire à la seule version des faits disponible, celle des vainqueurs, les Juddites ayant pris soin de diffuser un seul témoignage après le procès de Garde et les nombreuses mises à mort de ses compagnes. Il s’agit du seul témoignage de cette époque, un témoignage exalté, mais ayant été écrit pour une défense lors d’un procès. Et malgré le fait que les quelques archives survivantes du procès, bien que laconiques, aillent dans un sens proche, le testament d’Hallera demeure donc le seul moyen d’attester des faits, sans contradiction possible.
Après la traduction du carnet, les Juddites arrivent à la conclusion que « Halde était bien l’une des Compagnes martyrisées, c’était dans les Appendices de Hallera. Mais ce qu’elle écrivait dans son carnet, ce n’était pas, mais pas du tout ce que Lisbeï avait appris depuis l’enfance comme toutes les petites dotta du Pays des Mères !15 » En effet, au pays des Mères, l’éducation des plus jeunes repose intégralement sur ce dogme, justifiant ainsi l’ordre social tout autant que les lois de la physique. C’est par sa confrontation à des documents historiques divergents et à l’étonnement que ceux-ci suscitent au sein de la communauté que le débat va s’ouvrir ; permettant ainsi à chacune de s’interroger sur des normes non questionnées autrement.
2.2. Fouilles archéologiques
La première fouille, à Béthély, est décrite en détail : « elle dégag[e] un passage » ; elle s’éclaire à la « gazole » pour explorer le passage ouvert ; « quatre cent quatre-vingt-neuf années plus tôt, on avait posé la dernière pierre à ces murs ». Elle découvre alors « un crâne » puis « une cape de feutre », « une bague en métal », et enfin une « pochette » : « à l’intérieur [un objet] ressemblant à un gros cahier ». Lisbeï poursuit sa description : « un gros carnet aux pages reliées par une spirale métallique. Un objet du Déclin ! […] à l’intérieur, les pages jaunies étaient usées aux coins, parfois cornées, comme celles d’un livre trop souvent lu sans précaution29 ». Cette découverte initiale ouvre la polémique sur le carnet de Halde dont les écrits vont venir bouleverser toutes les croyances du Pays des Mères, comme nous allons le voir.
Les récupératrices consacrent leur temps à organiser des campagnes de fouilles : elles doivent convaincre leur Schole de les laisser partir, convaincre la Famille sur les terres de laquelle les fouilles vont avoir lieu et monter l’expédition, ressemblant ainsi à une méthodologie usuelle dans le domaine de la recherche. Une fois sur place, il leur revient de mettre au jour tout ce qu’elles pourront trouver et de tout documenter pour que celles qui étudieront et confirmeront leurs trouvailles puissent avoir les informations nécessaires pour en tirer un sens. Une des missions principales de ce pôle est de valider par des systèmes d’évaluation les découvertes et les hypothèses des chercheuses.
Le cœur du roman – les parties 2, 3 et 4 – concerne deux de ces expéditions : la première a lieu à Béthély, où Lisbeï accède à des souterrains inexplorés et parvient à y retrouver des corps et des documents écrits permettant d’apporter un nouveau regard sur Garde et ses disciples. Rédigés à la hâte, ces journaux posent la question, dans un premier temps, de leur authenticité, puis dans un second temps, des conditions de leur rédaction.
La validation des connaissances et la légitimation des découvertes sont fondamentales dans le texte, tout comme elles sont au cœur des échanges entre les personnages tout au long de l’histoire. Ainsi, Selva, capte de Béthély et mère de Lisbeï, confronte sa fille avant de soumettre ses découvertes aux autres Mères :
Les faits irréfutables que nous aurions à présenter aussi bien à la Famille qu’aux Mères, ce sont six squelettes dans des cachots souterrains murés, et un carnet. Tout le reste repose sur les allégations d’une soi-disant « Halde de Mélorney » dont l’identité ne peut être confirmée et qui contredit une tradition historique vieille de plus de quatre cents années, et bien attestée, en portant contre les Juddites des accusations très graves qu’absolument rien ne prouve.30
La seconde expédition a lieu une fois les études de Lisbeï achevées. Il s’agit d’une fouille dans les collines de Belmont, fouilles menant à la découverte d’un musée et de nombreuses œuvres d’art de notre époque dite d’avant le Déclin. Lisbeï débute ses fouilles aussi proches que possible des Mauterres : « Parce qu’il y avait des “artéfacts du Déclin” dans les Mauterres, des choses et des informations du passé qui pouvaient être utiles31 ». Les objets trouvés lors des fouilles peuvent permettre d’établir concrètement des chronologies. Si elles n’ont pas de technologie de datation de pointe, des techniques et des indices trouvés sur place s’y substituent : « Les livres permettraient d’évaluer la date de construction du site (que Kélys avait aussitôt appelé “le Musée”, un terme du Déclin dont elle leur expliqua le sens) : aucune date de publication n’était postérieure à 212032 ».
D’ailleurs, « 2120 » est parmi les seules mentions chronologiques précises de l’œuvre. Cette date de publication permet de rétablir un semblant de chronologie, et donc, comme nous l’avons dit précédemment, de concrétiser un rapport à l’histoire vérifiable ; rapport passant ici par le travail d’archive et de conservation de documents écrits, et plus loin dans le texte, par des œuvres d’art (tableaux, sculptures, etc.).
2.3. Gestion des archives et bibliothèques
De nombreux romans posent les bibliothèques et autres lieux d’archives comme pinacle du savoir. Nous pouvons par exemple citer des romans dans des environnements purement de recherche, comme Le Problème à trois corps de Liu Cixin, et souligner l’usage fait de tels lieux par la quadrilogie de Christelle Dabos, La Passe-miroir, dont un tome entier est consacré à l’étude dans une ville-université où tout tourne autour du savoir et des tâches administratives qui lui sont liées, de la gestion du fonds des bibliothèques aux copies, en passant par une vision assez sombre de la compétition universitaire. Dans le roman de Vonarburg, la vision est bien plus lumineuse : si certaines professeures sont particulièrement conservatrices, il reste une place pour des recherches innovantes et notamment à Wardenberg où, bien plus qu’ailleurs, le brassage tant humain que culturel et la cohabitation de nombreuses disciplines poussent à une certaine ouverture, comme exprimé ici :
Autour de ces documents, de ces archives et de leurs annexes tenues à jour s’étaient peu à peu rassemblées des cohortes de chercheuses. Qui avaient peu à peu constitué la Schole de Wardenberg. Qui avait fini par devenir un centre irremplaçable d’apprentissage et de recherche pour les récupératrices, exploratrices, historiennes et autres aspirantes au savoir.33
Toutes ces trouvailles sont réparties entre les Familles et Wardenberg, qui finit par racheter tout document pertinent pour leurs études ; constituant ainsi un pôle de savoir et de recherche unique. Mais ce monopole pose problème, il force toutes les autres Familles à envoyer leurs futures Mémoires sur place. La question est adressée dans les Assemblées des Mères dont la teneur des échanges est ensuite rapportée à travers le Pays des Mères, mais aucune solution ne semble envisageable hormis une mutualisation dont les Familles n’ont pas les moyens, le retard historique étant trop grand. De son côté, la quête de conservation et d’établissement de bibliothèques mène Lisbeï à confronter les textes de fiction, comme les contes, aux lieux réels. Elle essaie de discerner les concordances entre les différentes versions d’une même légende pour déterminer des lieux intéressants pour des fouilles. C’est d’ailleurs en croisant les comptes rendus de procès des compagnes de Garde et les nombreuses légendes sur des souterrains à Béthély qu’elle trouve le premier site. Le second site sera découvert en suivant le même protocole, mais cette fois-ci, Lisbeï s’appuiera sur un conte pour enfants comme point de départ de ses recherches.
3. Changements sociaux
Lisbeï s’émerveille de l’importance de ses découvertes : « la Bibliothèque et les archives n’avaient pas toujours été là, remarqua cette partie de Lisbeï qui ne pouvait s’empêcher d’argumenter. Le passé pouvait disparaitre, ou du moins se brouiller en légendes34 ». Par cette prise de conscience, Lisbeï effectue un retour sur sa démarche en mettant en perspective la conservation historique, devenue son métier ; montrant ici l’utilité pour la société dans son entièreté de la conservation et de l’archivage des documents historiques.
3.1. Publication et vulgarisation des résultats
Dans un premier temps, après la découverte et la traduction du carnet de Halde, la question se pose de rendre public le carnet : « De proche en proche, ce serait tout le Pays des Mères qui en serait altéré – et pour quoi ? Pour satisfaire la curiosité de quelques-unes ?35 ».
Après de longues délibérations et une minutieuse authentification du document, le conseil décide de rendre celui-ci public : la foi doit être plus forte que les découvertes concrètes, qui à leur tour sont une pierre angulaire de la compréhension de la construction de ce monde.
Finalement, à la suite de l’analyse d’Antoné, Médecine de Béthély – « les révélations de Lisbeï transcendaient l’intérêt de sa Famille, transcendaient l’intérêt de chacune36 » –, ce même conseil accepte d’en faire la promotion et de poursuivre les études sur le document. La procédure est longue : avant que la Décision du conseil des Mères ne soit rendue, elles en discutent en trois étapes, à plusieurs mois d’intervalle. Chaque étape prend la forme d’un congrès ou d’un colloque, où des spécialistes de nombreuses disciplines discutent et donnent des conférences, expliquent encore et encore les divers aspects des découvertes.
Les résultats tant des traductions des textes anciens que des fouilles sont publiés dans des revues scientifiques diffusées ensuite à travers le Pays des Mères. Cette mise à disposition du savoir est salutaire, mais pose d’importantes questions : les découvertes de Lisbeï touchent à la foi en modifiant significativement le portrait qui peut être fait de leur messie ; elles relèvent de l’intime de chacun·e. Plus encore, en montrant l’implication des Juddites dans l’arrestation et la mise à mort de Garde, c’est le fondement même de tout ce qui préexistait à la parole sainte, une parole que les Juddites revendiquent par ailleurs comme fondement de leur existence, qui est remis en question et déplace leur propos. Alors que les Juddites excluent très violemment les hommes, ces découvertes indiquent qu’elles auraient fait alliance avec certains d’entre eux pour arrêter Garde, mettre en prison ses compagnes, etc. De fait, ces révélations viennent bousculer leur positionnement historique et bien qu’il s’agisse de faits remontant à près de quatre siècles par rapport à l’intrigue principale, elles remettent en cause l’intégralité de leurs prises de parole sur ces questions.
3.2. Changements sociaux
Chacun·e doit ensuite, une fois l’authenticité des découvertes établie, leur trouver une place dans son propre système de croyances. Or, si jusque-là tout cela était du domaine du fait historique, il n’est plus possible de considérer les résurrections de Garde ni la parole d’Elli comme historiquement et parfaitement justes. Que faire alors des lois et traditions tirées de cette parole ? C’est sur ce point d’achoppement que l’assemblée des Mères va se diviser et que tout le système politique va être remis en question. Si le Pays des Mères opte finalement pour des évolutions progressistes et une sorte de voie médiane tentant d’établir des vérités qui pourraient convenir à toutes, appuyées par la science, notamment biologique, le·a lecteur·rice peut clairement percevoir un moment de bascule où la guerre aurait pu éclater sans le cadrage ferme de Wardenberg pour authentifier les découvertes.
Les humaines vont faire leurs ces découvertes, ce qui va scinder la population entre celles qui vont se raidir sur leur foi et s’éloigner du fait scientifique et celles qui vont résolument se tourner vers une approche progressiste.
« Fausses ? Vraies ? La Garde de Hallera, celle de Halde ? Vraies toutes les deux, fausses toutes les deux ? Je ne sais pas. Je ne sais plus ce que je crois – ou ce que je ne crois pas37 ». Ce doute, qui touche en premier lieu Lisbeï, touche également le groupe au sens large. C’est cette tension qui, au début du texte, vient se polariser autour du carnet, avec une quasi-crispation sur sa véracité ou non. Ces interrogations relèvent en effet d’une certaine logique qui peut également faire écho à notre lecture contemporaine des littératures de l’imaginaire :
L’apport critique en science-fiction est de recadrer l’expérience temporelle de notre époque, en transformant le « présent » en « passé » du point de vue d’un texte sur le monde à venir. La fonction du genre n’est pas de prédire l’avenir, comme les gens l’imaginent parfois et comme le journalisme populaire le laisse souvent entendre, mais plutôt de « défamiliariser et restructurer notre expérience de notre propre présent ».38
Cette relation au présent, à notre époque devenue par la suite une période historique pour la fiction, appelant des fouilles archéologiques, vient questionner notre rapport à la conservation du savoir et aux traces que chacun·e va laisser. Ces éléments posent la question des mythes que nous allons créer, et de la manière dont les choix sociaux et politiques de notre époque peuvent ensuite devenir les mythes fondateurs d’un futur lointain.
4. Conclusion
Les Chroniques du Pays des Mères, au-delà d’un roman féministe, posent la question de notre rapport à l’Histoire : comment celle-ci vient-elle informer le rapport au politique et la place des dirigeant·e·s dans une société ? Si le roman est presque entièrement non violent, le pas n’est pas énorme pour entrevoir des attentats et des oppositions bien plus féroces. Les mises en marge, dont certaines sont particulièrement sexistes, sont d’une grande violence, et les évolutions faites finalement minimes. Élisabeth Vonarburg nous encourage ici à envisager le temps long : les recherches demandent des années et la vie entière de Lisbeï est engloutie dans sa quête de réponses et de savoir non théologique.
D’ailleurs, le roman se conclut de manière optimiste, avec une meilleure intégration des mâles, mais également une ouverture vers une meilleure compréhension des mutations, et donc une meilleure prise en compte de leurs porteur·euse·s ; ce qui sous-tend potentiellement un plus fort taux de survie.
Lisbeï et les autres protagonistes vieillissent, et iels – ou du moins celleux qui survivent – commencent, à force de patience, à voir les améliorations réelles qu’iels ont permises. Le temps long de la recherche est rappelé au fil du roman et pèse ici lourdement : il leur aura fallu toute une vie et elle n’a pas encore été suffisante. Iels n’ont d’autre choix que de poursuivre leurs recherches en espérant que la génération suivante reprendra leurs textes pour les pousser plus avant ; que les connaissances qu’iels ont pu mettre au jour permettront de nouvelles interprétations. L’espoir féministe de Vonarburg rejoint ici les thèses de Jameson39.
Plus encore, ce roman nous met face à la nécessité d’archives non technologiques : comme les protagonistes ont perdu toute technologie, notamment informatique, iels sont véritablement confronté·e·s à un gouffre, une période où les documents se font rares et imprécis, puisque plus ou difficilement accessibles et/ou lisibles.
Cette peur de disparaitre sans laisser de traces accompagne également nos propres sociétés, et même si elle est ici adressée depuis le point de vue des années 1990, date initiale de publication des Chroniques du pays des Mères, elle demeure pertinente aujourd’hui.
Comme le souligne le roman, les documents découverts sont choquants pour les chercheuses qui les étudient : ceux-ci décrivent les mâles comme des hommes forts et dominants, allant même jusqu’à évoquer des relations amoureuses avec ces derniers. Cette œuvre apporte au lectorat un système de valeurs morales et d’habitus culturels éloignés de notre quotidien, mais qui, en réalité, questionnent en miroir le système actuel, et ici, plus particulièrement, sa dimension hétéronormative.
Bibliographie
Corpus & œuvres citées
AZIMOV Isaac, Fondation, 7 tomes, traduit de l’anglais (États-Unis) par ROSENTHAL Jean (tomes 1 et 2), BILLON Pierre (tome 3), et BONNEFOY Jean (tomes 4 à 7), Paris, Hachette/Gallimard, Pocket, Denoël, Presse de la Cité, 1957-1993.
AZIMOV Isaac, Foundation, 7 tomes, Astounding Magazine, Gnome Pres, Spectra, Doubleday, 1942-1993.
CIXIN Liu, 三体, Chongqing, Chongqing Press, 2008.
CIXIN Liu, Le Problème à Trois Corps, traduit du chinois par GAFFRIC Gwennaël, Arles, Actes Sud, 2016.
DABOS Christelle, La Passe-miroir, 4 tomes, Paris, Gallimard Jeunesse, 2013-2019. VONARBURG Élisabeth, Chroniques du Pays des Mères, Val d’Oing, Mnémos, 2019. VONARBURG Élisabeth, Le Silence de la Cité, Val d’Oing, Mnémos, 2021.
Sources critiques
ANGENOT Marc, Les Dehors de la littérature. Du roman populaire à la science-fiction, Paris, Honoré Champion, 2013.
BOUCHARD Gérard, « Pour une histoire intégrante. La construction de la mémoire dans une société diversité », Revue d’histoire de l’Amérique française, vol. 66, n° 3-4, 2013, p. 291-305.
BESSON Anne, La Fantasy, Paris, Klincksieck, 2007.
DERRIDA Jacques, Mal d’archive : une impression freudienne, Paris, Galilée, 1995.
ECO Umberto, De Superman au Surhomme, traduit de l’italien par BOUZAHER Myriem, Paris, Grasset, 2010.
ECO Umberto, Di Superman al Surhomme, Milan, La nave di Teseo, 2007.
GREGOIRE Tania, Critique sociale et processus utopique dans Le Silence de la Cité et Chroniques du pays des Mères d’Élisabeth Vonarburg, mémoire de maîtrise en lettres dirigé par MARCOTTE Hélène, Université de Trois-Rivières, soutenu en juin 2015.
JAMESON Fredric, Archaeologies of the Future: The Desire Called Utopia and Other Science Fictions, London & New York, Verso, 2005.
JAMESON Fredric, Archéologies du futur : Le désir nommé utopie et autres sciences-fictions, traduit de l’anglais (États-Unis) par VIEILLLESCAZES Nicolas, Paris, Les Prairies ordinaires, 2021.
JENKINS Henry, Convergence Culture: Where Old and New Media Collide, New-York, New York University Press, 2006.
LANDRAGIN Frédéric, Comment parler à un alien ? Langage et linguistique dans la science-fiction, Saint-Mammès, Le Bélial’, 2018.
LANGLET Irène, La Science-fiction : Lecture et poétique d’un genre littéraire, Paris, Armand Colin, 2006.
LANGLET Irène, « Les Mythologies au miroir du temps futur », Recherches & Travaux, n° 77,
p. 105-117, URL : https://doi.org/10.4000/recherchestravaux.432 [consulté le 30 mai 2022]. LESCOUET Emmanuelle, « Communautés universitaires dans les littératures de l’imaginaires : penser le savoir en commun », colloque Alliances & Communautés en fantasy et science-fiction, Montréal, Université du Québec à Montréal, 2-4 mai 2022, URL : https://imaginarium.hypotheses.org/409 [consulté le 30 mai 2022].
LESCOUET Emmanuelle, « Concevoir le futur, concevoir la langue », colloque Présent(s) de la science-fiction : évolution et diversification du genre à l’époque contemporaine, Aix-en-Provence, Université Aix-Marseille, 19-20 mai 2022, URL : https://papyrus.bib.umontreal.ca/xmlui/handle/1866/26766 [consulté le 8 avril 2023].
SAINT-GELAIS Richard, L’Empire du pseudo : Modernités de la science-fiction, Québec, Nota Bene, 1999.
STEINBRÜCK Maxi, « (Non-)Format Education in Terry Pratchett’s Discworld Novels: Mort’s Apprenticeship, Tiffany’s Coming of Age, Susan’s Learning Path and the Unseen University », dans Terry Pratchett’s Narrative Worlds : From Giants Turtles to Small Gods, RANA Marion (dir.), Cham, Springer International Publishing, 2018, p. 93-114.
VINT Sherryl, Science Fiction, Cambridge, Massachusetts, The MIT Press, 2021.
- BOUCHARD Gérard, « Pour une histoire intégrante. La construction de la mémoire dans une société diversifiée », Revue d’histoire de l’Amérique française, vol. 66, n° 3-4, 2013, p. 291-305. [↩]
- L’Histoire se construit sur les recherches des archéologues – et de leurs preuves matérielles tangibles (objets, restes architecturaux ou humains) – et sur le travail des archivistes pris au sens large de Derrida dans leur sauvegarde des documents autant que dans leurs études, traductions, analyses de ces vaisseaux de connaissances passées. DERRIDA Jacques, Mal d’archive : une impression freudienne, Paris, Galilée, 1995. [↩]
- Nous parlons ici d’un minimum d’impartialité : de la reconnaissance des preuves (éléments archéologiques ou textuels) mentionnées précédemment ne pouvant être réfutée, puisque scientifiquement établies ; nous reviendrons tout au long de cet article sur les méthodologies employées pour cela. Bien que le récit qui est fait à partir de ces éléments ne puisse relever d’une impartialité totale, il nous apparait ici important de souligner le dilemme moral et éthique qui sera développé au cours de cet article pour les fictions questionnant l’Histoire de leur monde et le positionnement des protagonistes par rapport à cette dernière. [↩]
- Richard Saint-Gelais propose la définition suivante de la xéno-encyclopédie : « […] le lecteur n’a d’autres choix que de procéder à des réajustements encyclopédiques : ajouts, retraits ou altérations rendent alors impossible une identification stricte de l’encyclopédie préalable du lecteur et de celle posée ou présupposée par le texte, c’est-à-dire ce qu’on appellera la xéno-encyclopédie. » Voir SAINT-GELAIS Richard, L’Empire du pseudo, Québec, Nota Bene, 1999, p. 139. [↩] [↩]
- ECO Umberto, Di Superman al Surhomme, Milan, La nave di Teseo, 2007. ECO Umberto, De Superman au Surhomme, traduit de l’italien par BOUZAHER Myriem, Paris, Grasset, 2010. [↩]
- AZIMOV Isaac, Foundation, 7 tomes, Astounding Magazine, Gnome Pres, Spectra, Doubleday, 1942-1993. AZIMOV Isaac, Fondation, 7 tomes, traduit de l’anglais (États-Unis) par ROSENTHAL Jean (tomes 1 et 2), BILLON Pierre (tome 3), et BONNEFOY Jean (tomes 4 à 7), Paris, Hachette/Gallimard, Pocket, Denoël, Presse de la Cité, 1957-1993. [↩]
- DABOS Christelle, La Passe-miroir, 4 tomes, Paris, Gallimard Jeunesse, 2013-2019. [↩]
- CIXIN Liu, 三体, Chongqing, Chongqing Press, 2008. CIXIN Liu, Le Problème à Trois Corps, traduit du chinois par GAFFRIC Gwennaël, Arles, Actes Sud, 2016. [↩]
- Je n’entre pas ici dans un discours sur les représentations scolaires (School Fantasy) pouvant à leur tour s’accompagner de phases de recherches, ce corpus appelant une étude à part entière. Soulignons cependant que la diversité des scolarités exposées sous-entend une diversité de rapports au savoir, autant dans sa production que dans sa transmission. Voir STEINBRÜCK Maxi, « (Non-)Formal Education in Terry Pratchett’s Discworld Novels: Mort’s Apprenticeship, Tiffany’s Coming of Age, Susan’s Learning Path and the Unseen University », dans Terry Pratchett’s Narrative Worlds: From Giant Turtles to Small Gods, RANA Marion (dir.), Cham, Springer International Publishing, 2018, p. 93-114. [↩]
- VONARBURG Élisabeth, Le Silence de la cité, Val d’Oing, Mnémos, 2021. [↩]
- VONARBURG Élisabeth, Chroniques du Pays des Mères, Val d’Oing, Mnémos, 2019, p. 20. [↩]
- Le texte explore les possibles d’un renversement des oppressions sexistes – alors qu’aujourd’hui la société est dominée par les hommes, celle du roman propose une domination par les femmes. Cette représentation s’accompagne d’un retournement des attributs habituellement associés au féminin et donc vus comme péjoratifs : les larmes, la faiblesse physique, la tendance à la sentimentalité ou à la rêverie, sont valorisés. Voir GREGOIRE Tania, Critique sociale et processus utopique dans Le Silence de la Cité et Chroniques du pays des Mères d’Élisabeth Vonarburg, mémoire de maître en lettres dirigé par MARCOTTE Hélène, Université du Québec à Trois-Rivières, soutenu en juin 2015, p. 89. [↩]
- LESCOUET Emmanuelle, « Concevoir le futur, concevoir la langue », colloque Présent(s) de la science-fiction : évolution et diversification du genre à l’époque contemporaine, Aix-en-Provence, Université Aix-Marseille, 19- 20 mai 2022. URL : https://papyrus.bib.umontreal.ca/xmlui/handle/1866/26766 [consulté le 8 avril 2023]. [↩]
- VONARBURG Élisabeth, Chroniques du Pays des Mères, op. cit., p. 232. [↩]
- Ibid., p. 151. [↩] [↩]
- BESSON Anne, La Fantasy, Paris, Klincksieck, 2007, p. 23-24. [↩]
- Cette catastrophe climatique est bien plus détaillée dans VONARBURG Élisabeth, Le Silence de la Cité, op. cit. [↩]
- LANGLET Irène, « Les Mythologies au miroir du temps futur », Recherches & Travaux, n° 77, p. 105-117, URL : https://doi.org/10.4000/recherchestravaux.432 [consulté le 30 mai 2022]. [↩]
- Qu’elle commence sur les conseils de Tula : « si tu vas à Wardenberg pour étudier, tu deviendras une Récupératrice, ce sera ton travail de faire des découvertes : personne ne te le reprochera plus », VONARBURG Élisabeth, Chroniques du Pays des Mères, op. cit., p. 195. [↩]
- ANGENOT Marc, Les Dehors de la littérature. Du roman populaire à la science-fiction, Paris, Honoré Champion, 2013, p. 208-219. [↩]
- LANGLET Irène, La Science-fiction : Lecture et poétique d’un genre littéraire, Paris, Armand Colin, 2006, p. 28, 51. [↩]
- « Pour volontairement et facilement suspendre son incrédulité à la lecture d’une œuvre de SF, il faut que celle-ci soit cohérente, rationnelle et scientifiquement plausible », LANDRAGIN Frédéric, Comment parler à un alien ? Langage et linguistique dans la science-fiction, Saint-Mammès, Le Bélial’, 2018, p. 45. [↩]
- JENKINS Henry, Convergence Culture: Where Old and New Media Collide, New York, New York University Press, 2006. [↩]
- JAMESON Fredric, Archaeologies of the Future: The Desire Called Utopia and Other Science Fictions, London & New York, Verso, 2005. JAMESON Fredric, Archéologies du futur : Le désir nommé utopie et autres sciences-fictions, traduit de l’anglais (États-Unis) par VIEILLLESCAZES Nicolas, Paris, Les Prairies ordinaires, 2021, p. 145. [↩]
- Jusqu’à l’âge de sept années, les enfantes sont élevées à l’écart de tout. Elles sont des non-personnes, dont le savoir est volontairement réduit aux tâches quotidiennes, car la mortalité infantile est particulièrement importante au Pays des Mères. Ce n’est qu’après avoir survécu aux sept premières années que les enfantes deviennent des dotta, des jeunes filles, débutant leur formation en fonction de leur rôle d’attribution. [↩]
- VONARBURG Élisabeth, Chroniques du Pays des Mères, op. cit., p. 167. [↩]
- Cette réflexion est développée à partir d’un corpus plus large dans LESCOUET Emmanuelle, « Communautés universitaires dans les littératures de l’imaginaire : penser le savoir en commun », colloque Alliances & Communautés en fantasy et science-fiction, Montréal, Université du Québec à Montréal, 2-4 mai 2022, URL : https://imaginarium.hypotheses.org/409 [consulté le 30 mai 2022]. [↩]
- VONARBURG Élisabeth, Chroniques du Pays des Mères, op. cit., p. 264. [↩]
- Ibid., p. 146 et suivantes. [↩]
- Ibid., p. 164. [↩]
- Ibid., p. 175. [↩]
- Ibid., p. 341. [↩]
- Ibid., p. 206. [↩]
- Ibid., p. 138. [↩]
- Ibid., p. 371. [↩]
- Ibid., p. 189. [↩]
- Ibid., p. 169. [↩]
- Traduction personnelle. « Sf’s critical contribution is that it reframes the temporal experience of our contemporary moment, recasting the “present” as the “past” from the point of view of a text about the world to come. The genre’s function is not to predict the future, as people sometimes imagine and as popular journalism often implies, but rather “to defamiliarize and restructure our experience of our own present” », VINT Sherryl, Science Fiction, Cambridge, Massachusetts, The MIT Press, 2021, p. 11. [↩]
- JAMESON Fredric, Archaeologies of the Future: The Desire Called Utopia and Other Science Fictions, op. cit. JAMESON Fredric, Archéologies du futur : Le désir nommé utopie et autres sciences-fictions, op. cit. [↩]
OpenEdition vous propose de citer ce billet de la manière suivante :
laboimaginr2 (1 septembre 2025). Penser l’archéologie comme déconstruction du dogme dans les littératures de l’imaginaire. Laboratoire des Imaginaires. Consulté le 9 octobre 2026 à l’adresse https://doi.org/10.58079/14k1x
