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Préface des actes du colloque “Imaginaire du corps, sensualités imaginées”

Par Emmanuelle Lescouët et Marie Kergoat
Solenn Deléon

Né à Rennes, le Laboratoire des Imaginaires est une association de jeunes chercheur·euse·s oeuvrant dans les cultures de l’imaginaire, et qui cherche par là à valoriser ces deux constituantes : celleux qui mènent ces travaux universitaires, et les objets sur lesquels iels mènent leurs recherchent, artefacts de passion autant que de réflexion. Après un premier colloque1 qui a littéralement ouvert les horizons de l’association en la rendant internationale, le Laboratoire des Imaginaires a souhaité renouveler l’expérience en proposant un nouvel événement appelant encore une fois l’ensemble des disciplines scientifiques à se retrouver autour d’un sujet donné : “Imaginaires du corps, sensualités imaginées”. Malheureusement, une trop connue pandémie est venue mettre un coup de frein au projet… Décision fut prise de porter malgré tout ces intenses journées de rencontre et de recherche, sous un format qui se démocratiserait bientôt de plus en plus : en vidéoconférence. Parenthèse d’effervescence scientifique et sociale dans un décidément bien sombre contexte, le colloque fut l’occasion de rencontres – numériques jusqu’à parfois devenir de chair et d’os quelques mois plus tard – et des actes que vous tenez entre vos mains. Imaginaires du corps, sensualités imaginées prit ainsi encore plus de sens en cette période où la notion même de corporalité semblait nous échapper, et permit, le temps de quelques jours, de se bercer de ces fictions et réflexions rendant palpables la vie déconfinée. Souhaitant résolument désancrer le terme sensualité de la notion de sexualité, ce colloque, et les articles qui lui firent suite, furent néanmoins l’occasion d’en explorer les frontières tout en revenant à l’essence même de la sensualité, capacité corporelle extraordinaire sur laquelle on s’attarde trop peu souvent. Considéré comme le siège de l’âme, le corps est avant toute chose celui des sens, et en proposant de nouvelles perspectives, la fiction d’imaginaire propose ainsi une définition de cette matérialité complexe à saisir. De la fantasy à la science-fiction en passant par le fantastique, ces actes de colloque vous proposent un geste transmédiatique au cœur des sens et des corps.

Afin de retranscrire au mieux cette corporéité et les imaginaires associés, cet ouvrage est composé de trois parties offrant à la lecture les multiples facettes de ces sensualités imaginées.

Dans la première partie nommée À travers soi et les autres : duo et dualités, Amélie Téhel aborde la figure du cyborg sous l’angle du bug au travers de son article, Le cyborg et la rouille : sensualité de la friction, où l’autrice nous livre une passionnante réflexion sur nos rapports sensoriels aux mondes techniques en abordant la figure du cyborg par la dysfonction. De friction, il en est aussi question dans le texte de Marie Kergoat, Le Sorceleur et la Sorcière : stupre, érudition et magie. Étude d’une dialectique entre mutations émancipatrices et projections fantasmatiques, qui aborde les portraits de sorcières et leurs mutations corporelles autant que sociales au sein de l’œuvre d’Andrzej Sapkowski. Une transformation également abordée dans le texte Un corps « idéal », normalité corporelle et récit initiatique transgenre dans la saga Nemesis d’April Daniels, où l’autrice, Amélia Fiset, nous parle de l’affranchissement des normes corporelles genrées au sein d’une saga de power fantasy. Enfin, Pascale Laplante-Dubé conclut cette première partie en questionnant l’émancipation sexuelle des figures féminines en fantasy, une défiance du système patriarcal mis en lumière au travers de son texte, Émancipation sexuelle à dos de dragonne : désir et sensualité féminines dans Dragonriders of Pern (Le Cycle de Pern) d’Anne McCaffrey.

La seconde partie, Matérialités du corps en question, aborde la non-finalité des corps avec le texte de François-Xavier Surinx, De Lovecraft à Houellebecq, continuation d’une corporéité dégénérative, où l’auteur compare la stylistique dégoutante et le traitement des corps au sein des ces œuvres. Cette aliénation, corporelle et morale dans le texte de François-Xavier Surinx, est également l’objet de l’étude de Noémie Javel au travers de son texte, L’aliénation comme moteur du gameplay, dans lequel elle nous détaille comment la mécanique vidéoludique peut reposer sur une aliénation progressive, non seulement de l’avatar, mais du·de la joueur·se autant que de sa perception du jeu auquel iel participe au travers d’une métamorphose qui s’impose comme caractère essentiel du gameplay. Daniel Sanchez Medina, lui, nous parle de la représentation corporelle de la figure du fantôme, de cette représentation du « vide », de l’absence de ces corps-cadavres, notamment au sein des œuvres cinématographiques avec son texte, Le corps disparu, une présence en creux.

L’empathie à l’œuvre : quand Patricia Piccinini conjugue le corps à la mise en scène, de Jessica Ragazzini conclut la seconde partie de cet ouvrage avec une analyse des œuvres de l’artiste australienne Patricia Piccinini, connue pour ces créatures imaginaires hyperréalistes interrogeant les avancées des biotechnologies et la modification des êtres vivants.

Dans la dernière et néanmoins enthousiasmante partie intitulée Au-delà de soi : mécaniques du corps, Crystal Aslanian nous parle d’improvisation sonore et d’écriture collective au travers du concept de jeux de ficelles. Son texte de recherche-création, STORYCDRING, utopie collective des corps et des sexualités dans l’espace radiophonique, explore les théories de Donna Haraway et la notion de sympoiëse mêlés de moments narratifs relevant de l’écriture de journal. Wladislas Aulner, avec son texte, Désirs apocalyptiques au cinéma, nous parle de la manière dont la fin du monde dans les corpus de l’imaginaire bouleverse et interroge les formes que prend le désir.

De désir, il en sera question avec le texte conclusif de cet ouvrage. Plus précisément, de désir du sang avec Vampyros Lesbos : quand les femmes aiment le sang… Et les femmes – de Dracula’s Daughter (1936) à Carmilla (2019), une étude d’Oriane Guiziou-Lamour sur ce que la figure de la vampire lesbienne au cinéma dit de la sexualité, de la féminité et de l’articulation de ces thèmes à la société.Des regards croisés sur les imaginaires liés au corps, à sa transformation, à sa sublimation et à son aliénation, il en aura été question tout au long de cet ouvrage pour lequel nous adressons tous nos remerciements aux auteur·rice·s pour leurs travaux autant que pour leur disponibilité, vous laissant, à votre tour, aux bons soins des Imaginaires des corps, sensualités imaginées.


  1.  Espaces imaginés. Actes du colloque 2020 du Laboratoire des Imaginaires, Daval Corentin (dir.), Rennes, 2021. []

OpenEdition vous propose de citer ce billet de la manière suivante :
laboimaginr2 (6 juin 2024). Préface des actes du colloque “Imaginaire du corps, sensualités imaginées” Laboratoire des Imaginaires. Consulté le 10 août 2026 à l’adresse https://doi.org/10.58079/1305e


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