Ressources numériques en sciences humaines et sociales OpenEdition Nos plateformes OpenEdition Books OpenEdition Journals Hypothèses Calenda Bibliothèques OpenEdition Freemium Suivez-nous

Le cyborg et la rouille : sensualité de la friction  

Résumé :

Dans “Le dernier de son espèce”, Andreas Eschbach dresse le portrait tragique de Duane Fitzgerald, cyborg désenchanté, condamné à la rouille et à la déliquescence inéluctable de son corps hybridé. À travers cette approche critique de l’imaginaire viriliste du cyborg confronté à la brutale réalité matérielle, cet article interroge nos rapports sensuels à la technique et les imaginaires associés. Dans cette contribution, la fluidité du rapport charnel à la technique est envisagée comme approche mythique et techno-fantasmatique, tandis que la friction, le bug, et les mécaniques grippées sont proposés comme conditions essentielles d’une sensorialité critique aux environnements techniques.

Présentation de l’autrice :

Amélie Tehel est docteure en sciences de l’information et de la communication, et post-doctorante à Science Po Rennes (chaire TMAP, laboratoire Arènes). Elle a soutenu, en novembre 2021, une thèse intitulée (Re)construire un corps hors-normes : perspective communicationnelle de la fabrication Do It Yourself de soi sous la direction de Jean-Luc Bouillon et Marie Bénéjean. Elle travaille sur les pratiques Do It Yourself appliquées au corps et à la santé, sur les FabLabs et les tiers-lieux solidaires, ainsi que sur les questions d’empowerment et de care. 

Markus Spiske, Unsplash

Le cyborg et la rouille : sensualité de la friction

Figure bien connue des amateur·ice·s de science-fiction, le cyborg est souvent l’opportunité d’un questionnement critique et politique  sur ce que veut dire être humain et sur les errements des quêtes de  surpuissance. C’est par l’angle du bug que je souhaite aborder cette figure du cyborg, pour chercher à comprendre ce que la friction (entendue  dans son approche première de frottement dans un mécanisme) peut  nous dire de nos rapports sensoriels aux mondes techniques. Penser le  bug technique comme potentiel critique est à mon sens le point de départ  essentiel de tout dépassement des approches binaires de la technique,  dans lesquelles un fonctionnement bien huilé a une valeur positive, et  dans lequel le bug et le mauvais fonctionnement ont une valeur négative.  Dans cette perspective, je souhaite questionner le bug comme potentiel  subversif et émancipateur.

La fluidité de l’hybridation corps/technique dans certains imaginaires cyborgiens porte en elle une dimension techno-fantasmatique  qu’il convient de mettre en critique. Dans le cadre de ma thèse1, je travaille sur les appareillages de corporéités handicapées2, et l’incorporation de  ces objets techniques exogènes est toujours un jeu très délicat d’ajustements et de négociations. L’hybridation n’y est jamais donnée, et rarement  d’une parfaite fluidité. Les imaginaires liés aux corps cyborgs relèvent  souvent d’une forme d’enchantement prothétique3 qui ne traduit pas la  réalité des relations corps/techniques. Les œuvres de (science-)fiction  regorgent d’exemples de corps prothésés emblématiques de ces imaginaires  techno-fantasmatiques4

Je vais vous raconter ici l’histoire de Duane Fitzgerald, une histoire  de cyborg qui rouille, qui me semble justement poser la panne, le bug,  l’inefficacité technique comme conditions de la déconstruction d’un  imaginaire techno-fantasmastique viriliste, militariste, et violent. Avant de m’engager dans le cœur de mon argumentation, je souhaite  poser quelques éléments de compréhension permettant de situer mon  approche et la manière dont j’envisage la relation qui s’établit entre le corps  et la technique. Ces postulats de départ sont les suivants : nous établissons  avec nos environnements techniques des relations charnelles, sensorielles  et sensuelles qui engagent profondément le corps. Nos environnements  techniques, objets notamment, ne sauraient être considérés dans une  perspective purement utilitaire: ils sont des partenaires et actants5 dans un processus relationnel qui les engagent, ils agissent sur nos corps et  sont mus en retour, et « parlent6 »7

Cette communication me permet de développer une ouverture faite  dans ma thèse sur l’idée de friction comme potentiel d’accession à une  maturité technique (au sens donné par Gilbert Simondon8), ou en tout  cas de préalable au développement d’une conscience critique vis-à-vis de  l’environnement technique, social, politique, qui entoure et imprègne les  corps en question. J’explorerai ces questions à travers l’étude du roman  d’Andreas Eschbach Le Dernier de son espèce9, et articulerai mon propos  en deux parties: la première explorera les conséquences d’une hybridation  défaillante pour le protagoniste principal, la seconde montrera l’impossible réalisation du techno-fantasme et la condamnation progressive du  personnage à une objectification totale de son existence.  

«Too many errors : please shut down combat mode» : quand le super-soldat rouille

Duane Fitzgerald est le protagoniste principal du roman Le Dernier de son  espèce de l’auteur allemand Andreas Eschbach10. Écrit à la première personne,  ce récit est le témoignage de Duane, cyborg issu d’une expérimentation  de l’armée américaine. Soldat plutôt médiocre rêvant de ressembler à  ses idoles11, il est volontaire pour être sujet d’une transformation par laquelle on lui implante (à lui, mais aussi à d’autres recrues) un arsenal de  dispositifs mécaniques et électroniques censés le métamorphoser en super soldat. Le projet engloutit des millions de dollars, mais ne fonctionne pas  comme attendu. Les implants techniques s’adaptent mal aux corps (et  inversement), engendrant des dysfonctionnements majeurs qui mènent  jusqu’à la mort de certains sujets12. Les soldats transformés ne seront  donc jamais mobilisés. Ils prennent une retraite anticipée, et restent ainsi  des cyborgs inutiles, condamnés à trimballer dans leurs entrailles cette  technique souvent inutile, toujours encombrante13. Duane vit donc dans  le plus grand secret dans une petite ville d’Irlande, cachant sa véritable  identité. 

Après cette mise en contexte, je vais désormais explorer plus en détail  le rapport qu’entretient Duane avec cette corporéité hybride et défaillante,  un rapport dominé par la violence et la détestation de soi. 

Violence et haine de soi en réponse à une corporéité défaillante

Le roman s’ouvre sur le réveil de Duane, un matin :

Je m’éveillai ce samedi matin aveugle et hémiplégique. Je me suis  souvent retrouvé aveugle, hémiplégique également, mais la concomi tance de plus en plus fréquente des deux types de crises commence  à m’inquiéter. 
Allongé sur le flanc droit, le visage partiellement enfoui dans l’oreiller, je  ne pouvais plus bouger que la tête, le bras gauche et quelques muscles  qui, en l’occurrence, ne m’étaient d’aucune utilité. Agacé, je fus tenté  de somnoler encore un peu en espérant que le malaise s’estomperait  de lui-même. Je savais pourtant que ce ne serait pas le cas. Qui plus  est, ma vessie réclamait d’être soulagée.  
De la main gauche, je fis donc quelques moulinets arrière et, vainquant  tant bien que mal oreiller et matelas, je réussis à empoigner le montant du lit. Changer de position à la force d’un seul bras, de surcroît à  moitié démis, n’est pas une sinécure, surtout pour un colosse d’un  quintal et demi aussi raide qu’un mannequin. Mais à cœur vaillant rien  d’impossible14.

Les modifications du corps de Duane étaient censées lui permettre  d’accomplir un rêve de toute-puissance. Au lieu de cela, son corps rouille et  il est à la merci de fonctionnalités défaillantes. Tout dans ce réveil démontre  une corporéité pénible. Le corps est indiscipliné et les dysfonctionnements  le prennent par surprise. Son récit se poursuit ainsi : 

Cloporte coulé dans du béton, j’étais si distordu que mon ventre  saillait, tendu comme un tambour, mon bras droit raidi fiché sous le  sommier telle une ancre marine. Affolé, je tâtonnai de la main gauche  à la recherche d’une prise susceptible de me tirer de ce bourbier. En  vain. […]  
J’étais fait comme un rat. 
La vague de panique resurgit, de plus en plus houleuse. Quiconque a  été invincible s’habitue mal aux défaites, a fortiori à l’imminence du  naufrage15.

Cette déliquescence engendre dès lors une forme d’auto-détestation16,  de frustration, qui va découler sur une violence auto-infligée17. Duane  poursuit :

Je tirai de toutes mes forces. Frôlant la déchirure musculaire, je  culbutai enfin et m’écrasai l’omoplate gauche contre le rebord. Malgré  la douleur, j’étais désormais idéalement placé pour glisser ma main  valide sous le sommier.  
Depuis des années, je garde là-dessous un gourdin de bois en prévision  d’occasions comme celle-ci. Jusqu’alors, m’en asséner deux ou trois  coups sur la calebasse ou sur un membre récalcitrant avait systématiquement payé. Mes rouages internes diffèrent peu de ceux d’un vieux  distributeur de boissons : j’ai parfois besoin d’être un tantinet bousculé  pour retrouver mes facultés18.

Le moyen qu’il évoque pour remettre son corps en marche est brutal :  il faut violenter cette technique qui se grippe, forcer la remise en marche.  Dans la suite de ce récit de son réveil, il se frappe avec le gourdin, mais  cela ne suffit pas à rétablir ses fonctions corporelles. Il se traine comme  il le peut, évoquant la crainte de rester coincé : « je me vis macérant des  jours entiers dans la sueur et la pisse, incapable d’appeler à la rescousse14». La  technique défaillante précarise sa condition organique et engendre un  sentiment d’incapacité poussé au summum de la déliquescence physique:  sa pire perspective est celle de l’impossibilité de soulager ses besoins dans  des conditions décentes. Ainsi, le système technique ajouté à son corps n’est pas incorporé, au  sens où il n’est pas assimilé. Il reste étranger, hostile, et semble perpétuellement se révolter. Cette non-assimilation signe l’absence de relation  égalitaire et harmonieuse, et traduit un rapport qui ne peut être basé que  sur la douleur et le rejet, relation pénible qui va jusqu’à broyer le corps  organique censé accueillir ce dispositif technique. En témoigne le récit  d’une « panne de système » sur un de ses camarades, sujet lui aussi de  l’expérimentation :

Il se contracte, se tord, se contorsionne épouvantablement. J’entends  des craquements, des grincements, je vois plus que je n’entends Leo crier, et je réalise enfin que ses os sont en train de se briser. Les amplificateurs de puissance déraillent, le déchirent de l’intérieur, tandis que
le sang coule de ses yeux, de ses oreilles, à travers la peau dénudée  de son cou. Ses veines gonflées battent comme d’épais cordons d’une  teinte bleu nuit qui n’a plus rien de naturel19.

Mais ce rapport brutal et douloureux n’est pas la seule problématique  sensorielle à l’œuvre dans cette hybridation. 

Le prix du rêve : privation d’une sensualité charnelle  

Au-delà du vécu sensible d’un encombrement, d’un entassement endogène d’objets non-organiques et indociles, la transformation – pourtant  consentie – de Duane en cyborg l’a également privé de toute sensualité.  

L’expérimentation dont Duane a fait partie porte un rêve de surpuissance qui sous-tend la nécessité de contrecarrer la finitude humaine, de  considérer la mort et la déliquescence comme des variables ajustables20. Mais ce faisant, c’est une large part du vécu sensible de nos corps organiques qui se trouve frappée de suspicion et repoussée dans le même élan21. Le projet de cyborgisation suppose ici une transcendance des fonctions  organiques. Il devrait permettre l’abolition des contraintes de l’existence  organique. Mais l’expérimentation a raté. La transcendance n’a pas eu  lieu, ne laissant Duane qu’avec les conséquences de ces modifications. Sa  sensorialité est définie par l’entrave, l’encombrement, la douleur. Duane  n’est pas – n’est plus – son corps. Il a été privé des plaisirs des sens au  profit d’une quête de performance qui a échoué. Ainsi donc, Duane ne mange pas, ses besoins de cyborgs étant réduits  à l’absorption de bouillies protéinées censées lui fournir les nutriments  dont il a besoin. L’acte de se nourrir est rationalisé sous sa forme la plus  réductrice, celle de l’absorption nutritionnelle, gommant toute forme de  jouissance gastronomique. Non seulement ne mange-t-il pas, mais sa  nouvelle condition lui interdit d’absorber toute forme de nourriture. Son  récit l’amène à évoquer ce plaisir perdu : 

Il se nourrit à la place d’un concentré protéiné, d’une « infecte mélasse  grisâtre », qui a mauvais goût. Conscient de son impossibilité à éprouver  désormais tout plaisir gustatif, il indique, maussade devant son assiette:  «En de tels moments, je crois percer la quintessence de la vie22.» 

Autre plaisir sensuel interdit, celui du plaisir sexuel. Les organes génitaux de Duane ont également fait l’objet de modifications, dont le résultat  laisse à désirer :

Le corps de Duane est une fabrication, et non une condition naturelle.  Sa super-érection est un défaut de conception qui oublie complètement  la dimension d’usage23. La fonctionnalité de maîtrise de l’organe sexuel est conçue selon les fantasmes virilistes de contrôle (on parle ici de dureté  et de durabilité, il s’agit d’être puissant longtemps), excluant de fait le  fondement même de l’extase sexuelle qui est celui d’une forme de perte  de contrôle absolu, et oubliant de même la présence de la partenaire24,  qui n’est absolument pas prise en compte dans l’équation et la conception  du dispositif.  

Corollaire de cette distanciation sensorielle au monde et de sa relation  chaotique à la technique qui l’habite, Duane éprouve de même un véritable handicap émotionnel qui l’empêche d’accéder à la compréhension  de son vécu affectif, tant son attention et son appréhension du monde  sont désormais conditionnées par son existence de cyborg déficient.  Dans son analyse de ses mouvements intérieurs, c’est d’abord l’idée de  la panne qui l’obsède :

Dans cet extrait, son trouble amoureux provoqué par l’employée de  l’hôtel est d’abord envisagé comme une panne de batterie. Son vécu sensoriel est frappé de suspicion, il est désormais incapable de discerner ce qui  relève de sa vie affective et organique et ce qui démontre les défaillances de  son système technique. Son état de désordre sensoriel constant conduit  à une impossibilité d’accéder à toute compréhension émotionnelle qui ne  soit pas de l’ordre de l’analyse assistée par ses commandes technologiques.  Son premier élan est d’envisager les défaillances de ses implants, avant  de comprendre que ce sont ses mouvements affectifs qui provoquent la  douleur.  

Du fantasme démiurgique à l’animalisation  

Virilisme, sauvagerie, et animalité : chute et objectifcation du surhomme 

Duane est un projet avorté, et le résultat de cette non-incorporation  technique le prive d’une sensorialité sereine. Mais l’histoire de Duane est  surtout celle d’une chute causée non pas tant par la défaillance mécanique,  mais par le projet idéologique sous-tendu : un projet de surpuissance viriliste profondément brutal. Comme nous allons le voir dans cette seconde  partie, l’existence de Duane passe d’une promesse de transcendance à une  condition sous-humaine, animale et sauvage, mais qui reste cohérente  avec la violence et la brutalité qui caractérisent toute son existence. La violence, en effet, semble avoir été et rester son seul mode de jouissance. Elle semble être son seul moyen connu d’exercer son pouvoir d’agir,  sa seule perspective de retrouver un sentiment d’estime et d’amour-propre,  basé sur sa capacité à dominer et détruire. En témoigne le passage suivant,  pendant lequel Duane active son « mode combat ». Le déclenchement de  cette fonctionnalité le propulse dans une corporéité surpuissante qu’il  décrit ainsi : 

Il y a quelque chose de jubilatoire dans ses retrouvailles avec une  puissance corporelle dévastatrice. Il ne semble se sentir exister que dans  cette perspective d’écrasement, qui lui permet d’exercer son fantasme démiurgique et dominateur (l’ennemi est renvoyé à la boue, à l’impossibilité de toute réponse face à l’implacabilité du châtiment). Duane  ajoute même: 

La perspective d’une transcendance capacitaire est placée au-dessus de  toute autre perspective sensuelle (« C’était excitant. Mieux que le sexe25»).  Cette expérience sensible de la violence semble valoir pour lui tous les  sacrifices.  

Cette brutalité et cette violence s’incarnent également dans le profond  sexisme du personnage qui transparaît à plusieurs endroits du roman26. Cette construction virile semble, dans le roman, intrinsèquement liée  au contexte militaire dont Duane raconte ses souvenirs. Il y évoque une  masculinité construite dans le collectif, dans un rapport de domination  d’autant plus exacerbé que lui et ses camarades sont appelés à devenir  l’élite. Le personnage relate notamment son rapport au sexe et aux femmes  (des pratiques sexuelles souvent tarifées, toujours ancrées dans le registre  de la conquête, de l’asservissement de la partenaire) :  

Malgré une distance critique vis-à-vis de ce passé de soudard, cette  construction spécifique de son rapport sensible au monde semble  condamner sa vie sensorielle à se réduire à des pratiques relevant d’un  virilisme sauvage. Tout retour à une approche sensuelle du monde ne se fait  que sur un mode ultra-virilisant, Duane semblant incapable de tout autre  mode d’appréhension du monde. Au fil des péripéties du roman, Duane  va se retrouver privé des rations protéinées que j’évoquais plus haut. Il  doit dès lors, pour survivre, se résoudre à absorber de la nourriture solide.  Son choix se porte sur de la viande, choix hautement symbolique et lié à la  même conception de la virilité27. D’hybride homme-machine, il régresse,  par la manière dont il consomme cette nourriture, au stade animal28 :

Ce rapport à l’animalité dans le roman est particulièrement intéressant.  Il est utilisé, comme dans le passage supra, pour opérer une opposition  franche et violente entre un idéal machinique fluide, contrôlé, et une  animalité sauvage, brute, infériorisante. Ce rapport à l’animalité est  régulièrement mis en exergue pour enfoncer Duane dans un destin  objectifiant29. Dans un passage du roman, il est confronté à la vue d’animaux empaillés, et il ne peut s’empêcher de comparer sa condition  de cyborg rouillé à l’artificialité de ces bêtes ainsi exposées.  Au fil du roman, Duane réalise qu’il est traqué par de mystérieux pour suivants. Cependant, il ne comprend pas la stratégie de traque longue  et minutieuse dont il est l’objet, alors même qu’il pourrait être assassiné  facilement. Il finit cependant par saisir que la méthode de traque vise  délibérément à l’affaiblir de sorte à pouvoir le capturer vivant, le but étant  que son corps puisse être étudié et exposé. Sa réification et animalisation  subies30 sont l’incarnation du renversement de son caractère spectaculaire.  Son extraordinaireté, de sujet de spectacle contrôlé et super-héroïsé, est  renvoyée dans le registre du freak show et est réduite au stade d’objet de  spectacle31

De l’incapacité de l’établissement d’une relation  entre le corps de Duane et son appareillage 

Si ce roman est très riche sur la question du corps et du rapport sensuel au monde, ce qui m’intéresse spécifiquement ici c’est l’impossible  établissement d’une relation saine et harmonieuse entre Duane et la  technique qui vient l’habiter. Dans le parcours de Duane, la technique  est au service de, jamais une partenaire. Parce que l’appareillage technique  est un outil au service de la domination, aucune relation ne s’établit entre  le corps organique de Duane et ses implants. Ils ne sont que des moyens  pour une fin violente.  

Ce rapport de domination empêche Duane d’accéder à une maturité  technique. Gilbert Simondon, dans Du mode d’existence des objets  techniques32, fait la distinction entre la majorité et la minorité sociale  des techniques. Pour lui, le statut de minorité fait de l’objet technique  un objet d’usage, nécessaire à la vie quotidienne, mais qui implique un  savoir technique coutumier, non réfléchi. Le statut de majorité correspond  en revanche à une prise de conscience et à une opération réfléchie de  l’adulte libre, à une connaissance maîtrisée, extériorisée et transmissible.

Simondon pose par ailleurs la nécessité d’une réciprocité d’échange, d’une  relation d’égalité entre les individus et les objets, comme conditions  d’incorporation de la technique à la culture33.  Si Duane fait preuve çà et là de perspectives critiques vis-à-vis de ses  choix d’existence, le véritable renversement intervient à mon sens à la  toute fin du roman, dans les derniers modes de résistance que Duane va  mettre en place. Poussé dans ses derniers retranchements, et comprenant  qu’il n’échappera pas à ses poursuivants, Duane sabote ce corps hybride  et attaque l’intégrité de son corps, lui permettant ainsi de se soustraire  à ce destin d’objet d’exposition. Mieux, il saisit enfin l’opportunité de la  panne, de ce corps en friction permanente, pour opérer un bricolage34 et un braconnage35 comme tactiques de renversement de pouvoir36. La  quintessence de son caractère hybride intervient à la toute fin du roman,  lorsque, face à l’inéluctable, il renonce à tout affrontement et opte pour  une hybridation à une imprimante qui lui permettra de faire trace du récit  de son existence et de le partager au monde (et à nous lecteur·ice·s)37

Ouverture : La panne en question, pour une  sensorialité critique 

En guise d’ouverture et de conclusion, je souhaite poser cette question :  que disent la panne, le bug, le glitch, de nos rapports sensoriels au monde  technique ?  

Le bug peut certes être signe de l’échec. Dans le rapport au corps  hybride, le bug qui enroue la relation technique/organique est synonyme  de déliquescence, de finitude (comme nous l’avons vu ici avec Le Dernier  de son espèce). Le bug et la friction forment un désordre sensoriel. Mais  il convient d’aller au-delà de ce désordre, pour comprendre ce qu’il a à  nous dire.  

Car il agit aussi comme révélateur de problématiques sociales. Dans  le cas de Duane, son rapport à la panne n’a été envisagé que sous l’angle  de la rupture : le non-fonctionnement optimal entraîne l’arrêt du projet,  dans la mesure où l’imaginaire technique associé ne peut répondre qu’à  une obligation de résultat, celui d’une performance hégémonique fluide,  destructrice, surpuissante. Pourtant, la défaillance de Duane n’est pas une  panne située, elle atteint l’intégralité d’un système qui engage non seule- ment l’existence biologique – le corps – mais aussi un système politique  militariste et une idéologie transhumaniste. Cette panne témoigne de  l’absurdité d’une quête exponentielle de performance au détriment d’un  vécu sensible du corps, d’une sensorialité certes imparfaite, mais connectée  aux environnements humains et non-humains, et en définitive, pleine- ment vivante. Le bug, la friction, forment ainsi des révélateurs sociaux  et politiques qu’il convient d’entendre dans une perspective de réflexion  critique sur la manière dont les environnements techniques sont produits.  

Ce qui empêche la fluidité du système révèle aussi les biais du social. Le  bug dans les systèmes techniques peut alors devenir le signe de l’exclusion.  À titre d’illustration – mais les exemples de ce type sont nombreux –  j’évoquerai le dysfonctionnement hautement symbolique des distributeurs  de savon automatiques qui ne reconnaissaient pas les mains des personnes noires38. Ici, l’exclusion du potentiel relationnel du corps à l’objet rappelle  que le corps ainsi exclu est impensé, indésirable/indésiré. Le refus d’une connexion charnelle au dispositif technique est signe d’alerte d’une  problématique sociale systémique. 

Constat d’échec, d’exclusion, le bug dit surtout quelque chose du monde  duquel il est issu et auquel il se confronte, et est alors une invitation à l’agir.  Je voudrais, en conclusion, citer l’autrice Ruha Benjamin39 sur la scène  du glitch du « déjà vu » dans Matrix40, qui éclaire à mon sens le potentiel  critique, créateur et résistant du bug :  


Bibliographie

Corpus 

DE MONTALIVET Hortense, « Ce distributeur automatique ne donne  pas de savon aux mains noires », Le Huffngton Post, août 2017. https://www.huffngtonpost.fr/2017/08/19/ce-distributeur-automatique ne-distribue-pas-de-savon-aux-mains_a_23152387/ [consulté le 6 mars 2021] 

ESCHBACH Andreas, Le Dernier de son espèce, traduit de l’allemand  par BERNHARDT Joséphine et DUVALClaire, Nantes, L’Atalante, 2006.

KERSHNER Irvin, Star Wars : L’Empire contre-attaque, États-Unis,  Lucasflm, 1980, 124’. 

VAUGHN Matthew, Kingsman : The Secret Service, États-Unis et  Royaume-Uni, Marv Films, Shangri-La Entertainment et 20th Century Fox, 2015, 129’. 

WACHOWSKI Lana et Lilly, Matrix, États-Unis et Australie, Warner  Bros, Village Roadshow Pictures, Groucho II Film Partnership et  Silver Pictures, 1999, 130’. 

Articles et ouvrages scientifiques 

AKRICH Madeleine, CALLON Michel & LATOUR Bruno, Sociologie de la  traduction : Textes fondateurs, Paris, Les Presses des Mines, 2006.

AKRICH Madeleine, « Les objets techniques et leurs utilisateurs. De la  conception à l’action », dans AKRICH Madeleine, CALLON Michel &  LATOUR Bruno, Sociologie de la traduction : Textes fondateurs,  Paris, Les Presses des Mines, 2006, p. 179-199. 

BENJAMIN Ruha, Race after technology : Abolitionist tools for the New  Jim Code, Medford (MA), Polity, 2019. 

CALLON Michel, « Éléments pour une sociologie de la traduction : La  domestication des coquilles Saint-Jacques et des marins-pêcheurs  dans la baie de Saint-Brieuc », L’Année sociologique (1940/1948-),  36 (Troisième série), 1986, p. 169-208. 

DE CERTEAU Michel, L’invention du quotidien. T. I. Arts de faire (Nouvelle édition), Paris, Gallimard, 1990. 

FOURMENTRAUX Jean-Paul, « “Corrupt Machine” : Esthétique et politique  de la panne numérique », Techniques & culture, 72, 2019, p. 204-223.

GALINON-MELENEC Béatrice, L’homme-trace. Tome IV. Des traces du  corps au corps-trace, Paris, CNRS Éditions, 2017. 

GARDIEN Ève, L’apprentissage du corps après l’accident : Sociologie  de la production du corps, Grenoble, Presses universitaires de  Grenoble, 2008. 

GOURINAT Valentine, « La prothèse comme promesse de réparation  du corps amputé : Du discours à l’expérience », dans Lindenmeyer Cristina (dir.) L’humain et ses prothèses : Savoirs et pratiques du  corps transformé, Paris, CNRS Éditions, 2017, p. 155-170. 

GOURINAT Valentine, Du corps reconstitué au corps reconfiguré. Pour  une approche éthique de l’appareillage prothétique à l’ère du tech no-enchantement, thèse de doctorat dirigée par Breton Philippe et Benaroyo Lazare, Université de Strasbourg, soutenue en 2018. 

GROUD Paul-Fabien, « Complexité du rapport corps/prothèse », dans  Lindenmeyer Cristina (dir.) L’humain et ses prothèses : Savoirs  et pratiques du corps transformé, Paris, CNRS Éditions, 2017,  p. 171-186.  

LATOUR Bruno, La science en action : Introduction à la sociologie des  science, Paris, Gallimard, 1995. 

LE BRETON David, Anthropologie du corps et modernité, 7e édition,  Paris, Presses universitaires de France, 2013. 

LEVI-STRAUSS Claude, La pensée sauvage, Paris, Presses Pocket, 1985. Mare Alexandre, Sexe ! Le trouble du héros. Lyon, Les Moutons  électriques, 2009. 

MARTIN-JUCHAT Fabienne, Le corps et les médias : La chair éprouvée  par les médias et les espaces sociaux, Bruxelles, De Boeck, 2008.

SIMONDON Gilbert, Du mode d’existence des objets techniques. Paris,  Aubier, 2001. 

TAYLORSunaura, Braves bêtes : Animaux et handicapés, même  combat ?, Paris, Les Éditions du portrait, 2019. 

TEHEL Amélie, « La fabrique du corps handicapé », Revue française  des sciences de l’information et de la communication, 19, 2020.

TEHEL Amélie, (Re)construire un corps hors-normes: perspective  communicationnelle de la fabrication Do It Yourself de soi, thèse de doctorat, Université Rennes 2, 2021.


  1. TÉHEL Amélie, (Re)construire un corps hors-normes: perspective communicationnelle de la fabrication Do It  Yourself de soi, thèse de doctorat, Université Rennes 2, 2021. []
  2. TÉHEL Amélie, « La fabrique du corps handicapé », Revue française des sciences de l’information et de la  communication, 19, 2020. []
  3. Voir à ce sujet GOURINAT Valentine, « La prothèse comme promesse de réparation du corps amputé : Du  discours à l’expérience », dans LINDENMEYER Cristina (dir.) L’humain et ses prothèses : Savoirs et pratiques du  corps transformé, Paris, CNRS Éditions, 2017, p. 155-170 et GROUD Paul-Fabien, « Complexité du rapport  corps/prothèse », dans LINDENMEYER Cristina (dir.) L’humain et ses prothèses : Savoirs et pratiques du corps  transformé, Paris, CNRS Éditions, 2017, p. 171-186. []
  4. Je citerai ici, à titre d’exemple, la célèbre main bionique de Luke Skywalker dans Star Wars : L’Empire  contre-attaque, qui frappe par la fluidité du mouvement polydigital et la rapidité d’incorporation, ainsi  que le personnage de l’assassin Gazelle dans le flm d’action Kingsman: The Secret Service, qui utilise ses  prothèses de membres inférieurs pour se battre. Voir KERSHNER Irvin, Star Wars : L’Empire contre-attaque,  États-Unis, Lucasflm, 1980, 124’ et VAUGHN Matthew, Kingsman: The Secret Service, États-Unis et Royaume Uni, Marv Films, Shangri-La Entertainment et 20th Century Fox, 2015, 129’. []
  5. Voir AKRICH Madeleine, CALLON Michel et LATOUR Bruno, Sociologie de la traduction : Textes fondateurs,  Paris, Les Presses des Mines, 2006 et LATOUR Bruno, La science en action : Introduction à la sociologie des  sciences, Paris, Gallimard, 1995. []
  6. Voir LATOUR Bruno, op. cit., et CALLON Michel, « Éléments pour une sociologie de la traduction : La  domestication des coquilles Saint-Jacques et des marins-pêcheurs dans la baie de Saint-Brieuc », L’Année  sociologique (1940/1948-), 36 (Troisième série), 1986, p. 169-208. []
  7. En complément de ces préalables théoriques, j’ajouterai également ceci : il faut se garder de réduire  l’analyse d’une sensorialité à sa sphère extérieure, une sensorialité qui serait observée « à fleur de  peau », mais qui oublierait à la fois son rôle aussi bien dans nos mouvements affectifs que dans sa  dimension sociale et politique. La sensorialité doit s’envisager dans une perspective traçuelle du corps,  qui s’imprègne de son environnement et l’imprègne en retour. La sensorialité est une production de  traces qui forment des signaux à interpréter et qui ne peuvent être dépouillés de leur historicité. Voir  MARTIN-JUCHAT Fabienne, Le corps et les médias : La chair éprouvée par les médias et les espaces sociaux,  Bruxelles, De Boeck, 2008 et GALINON-MÉLÉNEC Béatrice, L’homme-trace. Tome IV. Des traces du corps au  corps-trace, Paris, CNRS Éditions, 2017.  []
  8. SIMONDON Gilbert, Du mode d’existence des objets techniques. Paris, Aubier, 2001. []
  9. ESCHBACH Andreas, op. cit. []
  10. Ibid. []
  11. Sont cités notamment dans l’ouvrage le corps d’Arnold Schwarzenegger dans Terminator et Conan  le Barbare, le personnage de Superman, ainsi que Steve Austin, l’homme bionique de la série télévisée  L’homme qui valait trois milliards. []
  12. « Nous ne fonctionnons pas comme prévu. Pas assez bien, en tout cas, pour qu’on prenne le risque  de nous envoyer au combat. […] Plus on vieillit, moins on est performant. Les implants métalliques  ne bougent pas, mais l’organisme si. Il vieillit et se transforme. À l’époque, on n’en a pas assez tenu  compte.» ESCHBACH Andreas, op. cit., p. 166.  []
  13. « Je trimballe une telle quincaillerie là-dedans qu’il ne serait pas surprenant que la rouille, au fil des  ans, ait fini par tout gripper.» Ibid., p. 18. []
  14. Ibid., p. 7. [] []
  15. Ibid., p. 9-10. Le récit de ce réveil m’a rapidement rappelé celui de Gregor Samsa dans la Métamorphose de Franz Kafka, qui découvre lui aussi au réveil un corps qui lui échappe, qui l’encombre, qui le définit  comme « indésirable ». Surhomme raté, Duane est aussi un indésirable, un être devenu inutile. L’utilisation  du terme « cloporte » a l’air de forcer ce rapprochement à Kafka, mais semble être un choix des  traductrices puisque le terme n’apparaît pas dans la version originale allemande. []
  16. Ce sentiment s’incarne également dans son environnement direct, son habitation, dont l’état de dégradation (intérieur mal rangé, laideur de la décoration et de l’aménagement intérieur) renvoie à une haine  de soi qui déborde des frontières biologiques du corps. []
  17. La complexité et la violence de ce rapport au corps hybride n’est pas sans rappeler que le passage  d’une corporéité valide à une expérience corporelle déficiente, propulsée hors de la norme sociale, implique un changement violent du potentiel corporel ainsi qu’une forte reconfiguration identitaire qui  passe souvent par une estime de soi défaillante. Voir GARDIEN Ève, L’apprentissage du corps après l’accident :  Sociologie de la production du corps, Grenoble, Presses universitaires de Grenoble, 2008 et GOURINAT Valentine, Du corps reconstitué au corps reconfiguré. Pour une approche éthique de l’appareillage prothétique à l’ère  du techno-enchantement, thèse de doctorat dirigée par Breton Philippe et Benaroyo Lazare, Université de  Strasbourg, soutenue en 2018 []
  18. ESCHBACH Andreas, op. cit., p. 7. []
  19. Ibid., p. 266. []
  20. « Implicitement, nous partons de l’hypothèse que la mort est une panne de système, un incident  pénible qu’il convient d’éviter dans toute la mesure du possible.» Ibid., p. 285. []
  21. LE BRETON David, Anthropologie du corps et modernité, 7e édition, Paris, Presses universitaires de France,  2013. []
  22. Ibid., p. 106. []
  23. AKRICH Madeleine, « Les objets techniques et leurs utilisateurs. De la conception à l’action », dans  AKRICH Madeleine, CALLON Michel et LATOUR Bruno, Sociologie de la traduction : Textes fondateurs, Paris, Les  Presses des Mines, 2006, p. 179-199. []
  24. Dans l’imaginaire viriliste du personnage, les relations sexuelles ne sont envisagées que selon l’angle  hétéronormatif. []
  25. Ibid., p. 98.  []
  26. Il décrira par exemple la femme dont il est amoureux comme « faisant preuve d’une déraison  typiquement féminine » Ibid., p. 174. La raison, le contrôle, semblent rester l’apanage d’une masculinité  qui reste considérée comme supérieure par le protagoniste, et ce alors même que le roman décrit les  conséquences difficiles et l’absurdité de ses choix. []
  27. TAYLOR Sunaura, Braves bêtes : Animaux et handicapés, même combat ?, Paris, Les Éditions du portrait,  2019. []
  28. L’animal est considéré ici dans la plus pure tradition spéciste. Il est sauvage, vil, indomptable, inférieur  à l’espèce humaine. []
  29. Peut-être n’est-ce pas un hasard s’il se cache à Dingle, en Irlande, Das Ding, en allemand, signifiant  « le truc, le machin, le fourbi ». Le choix même de son refuge renvoie à son objectification. []
  30. TAYLOR Sunaura, op. cit. []
  31. À l’instar de Julia Pastrana dont le corps, longtemps montré dans des freak shows, fut embaumé à sa  mort pour continuer à être exhibé. []
  32. SIMONDON Gilbert, op. cit. []
  33. « La condition première d’incorporation des objets techniques à la culture serait que l’homme  ne soit ni inférieur ni supérieur aux objets techniques, qu’il puisse les aborder et apprendre à les  connaître en entretenant avec eux une relation d’égalité, de réciprocité d’échanges : une relation sociale  en quelque manière.» Ibid., p. 88. []
  34. « Le bricoleur reste celui qui œuvre de ses mains, en utilisant des moyens détournés par comparaison  avec ceux de l’homme de l’art », il fait avec les moyens dont il dispose, et y projette toujours une part de  soi.» LÉVI-STRAUSS Claude, La pensée sauvage, Paris, Presses Pocket, 1985, p. 30. []
  35. DE CERTEAU Michel, L’invention du quotidien. T. I. Arts de faire (Nouvelle édition), Paris, Gallimard, 1990. []
  36. « Les mots employés par de Certeau désignent souvent des formes de résistance face au pou voir impérieux de l’ordre social : braconnage (investir un lieu qui n’est pas sien), tactique (déjouer  l’omniprésence de l’ordre, appelée communément “stratégie”), perruque (détourner du temps et  du matériel à des fns propres), etc. » FOURMENTRAUX Jean-Paul, « “Corrupt Machine” : Esthétique et  politique de la panne numérique », Techniques & culture, 72, 2019, p. 204-223. []
  37. Les derniers mots de Duane, adressés à la femme qu’il aimait, sont particulièrement évocateurs :  « Je m’en vais à présent, et j’ose le dire : c’est en homme aimant que je m’en vais. Je pars le cœur plein  d’amour […] Où que vous alliez, je vous en prie, gardez-moi comme tel dans votre souvenir. Comme  un homme qui était perdu et qui a été sauvé. Comme un homme que vous avez profondément touché,  sans même jamais l’effleurer.» ESCHBACH Andreas, op. cit., p. 298-299. []
  38. DE MONTALIVET Hortense, « Ce distributeur automatique ne donne pas de savon aux mains noires »,  Le Huffngton Post, août 2017, URL : https://www.huffngtonpost.fr/2017/08/19/ce-distributeur-automa tique-ne-distribue-pas-de-savon-aux-mains_a_23152387/ [consulté le 6 mars 2021]. []
  39.  BENJAMIN Ruha, Race after technology: Abolitionist tools for the New Jim Code, Medford (MA), Polity, 2019. []
  40. WACHOWSKI Lana et Lilly, Matrix, États-Unis et Australie, Warner Bros, Village Roadshow Pictures,  Groucho II Film Partnership et Silver Pictures, 1999, 130’. []

OpenEdition vous propose de citer ce billet de la manière suivante :
laboimaginr2 (8 mai 2024). Le cyborg et la rouille : sensualité de la friction  . Laboratoire des Imaginaires. Consulté le 10 septembre 2026 à l’adresse https://doi.org/10.58079/11ru5


Vous aimerez aussi...

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

This site uses Akismet to reduce spam. Learn how your comment data is processed.